J’ai rencontré Michaël Mouity Nzamba, fondateur de Be Nappy

Cette semaine, je vous embarque, pour une journée à cent à l’heure, sur les pas de l’entrepreneur Michaël Mouity Nzamba.

Michaël, 28 ans, c’est une tête bien pleine, à la motivation hors pair. Après avoir travaillé pour Rocket, le leader mondial des startup studios (à l’origine du développement de Edarling et Zalando entre autres), il a décidé de monter sa propre startup en janvier 2016. Son crédo ? Sublimer la femme noire africaine et les afro-descendantes. A la vue de la perpétuelle croissance du marché de la beauté, il est facile d’imaginer à quel point les attentes sont importantes dans le domaine de l’esthétisme ethnique.

Avec son entreprise, nommée «Be Nappy», Michaël souhaite faciliter l’accès aux coiffeuses qualifiées, spécialistes des cheveux afro et métissés. A l’opposé d’un annuaire de coiffeuses, comme on peut déjà en trouver sur le web, la plateforme propose un service personnalisé, haut de gamme, mais simplifié.


9h45 : Navigation express sur le site, grâce à


En deux clics, me voilà sur le site www.benappy.fr. Avec son responsive web design, sur mon smartphone, je déroule le menu. Après avoir choisi la catégorie de coiffure ou le soin souhaité, j’applique les filtres pour définir ma localisation et ma fourchette de prix. Une fois la prestation sélectionnée, il ne me reste plus qu’à valider mon créneau horaire et le jour, selon le calendrier des coiffeuses. Hop, le tour est joué. Lors de mon entretien avec Michaël il m’expliquera même, que, pour fluidifier encore la navigation, dans un second temps, il envisage de créer sa propre application. D’ailleurs le voilà qui arrive.

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10h : café chaud et


Au cœur du XVIIIème arrondissement de Paris, on se retrouve autour d’un thé et d’un café bien serré.

Michaël se présente. « Je suis quelqu’un d’assez engagé qui a toujours fait ce que j’aime. Ce qui m’a amené à faire des études d’économie internationale, de science politique, de géo économie et d’histoire des relations internationales. Mon cursus m’a permis de faire un saut à l’UNESCO pour travailler sur les industries culturelles, au sein de la délégation gabonaise. Je voyais en la culture, un réel potentiel économique.». Le ton est donné, si Michaël aime créer et monter des business plans, il faut avant tout qu’ils aient du sens. C’est pourquoi, après avoir voyagé dans le monde entier, en rentrant en France, il décide d’allier ses convictions profondes à l’amour de l’entreprenariat, pour créer un nouveau concept.

Du fait de ses origines métissées, franco-gabonaises, Michaël est particulièrement attentif à la beauté de la diversité. C’est en se demandant très simplement « qu’est-ce que je peux faire pour la femme africaine ? » et en analysant la viabilité de l’écosystème, que le projet «Be Nappy» voit le jour.

Grande première en France, «Be Nappy» est une plateforme qui permet de réserver une prestation de coiffure Afro ou de soin, à domicile ou chez la coiffeuse, avec une garantie 100% satisfaction. Plus que de faciliter l’accès aux coiffeurs, «Be Nappy» véhicule une envie de sublimer les peaux noires. Une démarche qui s’inscrit dans le sens des grandes marques cosmétiques qui étendent de plus en plus leur gamme, pour répondre aux envies de toutes les carnations. Pourtant, trouver un salon de coiffure généraliste proposant des prestations abordables, pour les cheveux afro ou métissés, est encore une exception.

Pourtant, la femme africaine, principale cible du service, est très coquette et prend particulièrement soin de ses cheveux. Elle dépense d’ailleurs quatre fois plus que les femmes caucasiennes, en produits de beauté et d’entretien. Le marché est donc particulièrement porteur. Le besoin et grandissant, car comme l’indique Michaël « il y a un vrai manque d’organisation et de structuration de l’écosystème ».

En plus de répondre à un besoin, la prouesse de l’entrepreneur est d’allier le savoir-faire culturel à l’essor du numérique.

En créant un site marchand où l’on paie en ligne, en amont, sa prestation, Michaël prend le risque de bousculer les codes. Il n’est pas si facile de passer le cap du paiement en ligne lorsque que l’on a l’habitude de se rendre au salon, ou de se faire coiffer par l’amie d’une amie. Pourtant, cette étape est fondamental pour sécuriser la transaction. Car, bien plus qu’un échange monétaire, il s’agit aussi de souligner le professionnalisme du service, et de confirmer la réservation sans mauvaise surprise.

Toutefois, le paiement doit rimer avec satisfaction. Ainsi, le virement n’est effectué qu’à la fin de la prestation, une fois que la cliente a confirmé que tout s’est bien passé. Un retour d’expérience fondamentale pour Michaël qui revendique une qualité : le service client premium. «C’est l’engagement de satisfaction «Be Nappy»» m’explique Michaël. Une volonté de transparence et de confiance,valorisée par la visibilité des disponibilités des coiffeuses, en temps réel.

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Si un tel service demande énormément de maintenance, tant d’un point de vue technique, qu’humain, l’entrepreneur n’est pas entouré d’une armée de petites mains. Michaël est sur tous les fronts, et porte de multiples casquettes. A 100% dans son projet, il sélectionne les coiffeuses, les appelle quotidiennement pour s’assurer que tout se passe bien, et rappelle même, en personne, chacune des clientes. Car Michael aime à souligner qu’il n’a pas d’employés, mais travaille en collaboration avec les coiffeuses. « Elles sont de réelles partenaires. Ce sont elles que je veux mettre en valeur » souligne-t-il. Des statuts singuliers qui demandent aux deux parties d’être particulièrement impliquées et rigoureuses. Une opération bien huilée pour le moment, qui oblige tout de même Michaël à interrompre notre discussion quelques petites minutes pour répondre à son téléphone, qu’il ne quitte jamais.

Car, l’entrepreneur est réellement disponible, 24 heures/24 et 7 jours/7, que ce soit sur le site, par échanges de messages sur les réseaux sociaux, et même par téléphone. En tant que serial entrepreneur, Michaël a une motivation sans faille : « Le succès n’est pas la clé du bonheur. Le bonheur est la clé du succès. Si vous aimez ce que vous faites, vous réussirez. »


10h15 : Michaël doit décrocher son portable, car


L’entrepreneur a un objectif. Nous faire oublier les salons où l’attente est interminable avant de passer au bac, où l’on ressort les larmes aux yeux lorsque la prestation ne correspond pas à nos attentes, ou lorsque notre cuir chevelu crie à l’aide.

La promesse de «Be Nappy» est de nous proposer un service premium grâce à une sélection rigoureuse des coiffeuses.

De janvier à avril 2016, l’équipe «Be Nappy» a sélectionné ses partenaires parmi 500 candidatures. Un engouement qui démontre aussi l’intérêt des coiffeuses qui, grâce à la plateforme, peuvent être assurées de la fiabilité du client, et gérer efficacement leur agenda. « Des deux côtés il y a un vrai besoin et un vrai manque » souligne Michaël. Toutefois, l’idée n’est pas de faire grossir son portefeuille de partenaires trop rapidement. L’engagement auprès des coiffeuses est de leur apporter du business. Il est donc important de maintenir une sélection restreinte de collaboratrices, afin de pouvoir assurer le remplissage de leurs calendriers

Pour faire son choix, Michaël a mis en place un processus de sélection, très stricte. « Chaque coiffeuse doit passer un entretien, nous envoyer des photos des prestations réalisées, et nous laisser le temps de délibérer sur la pertinence ou non de l’intégrer à notre réseau. Nous insistons également sur la qualité du service : la convivialité, la ponctualité et le rapport qualité/prix. ». De quoi s’assurer de retrouver sur le site, les meilleures coiffeuses de la région.


10h30 :


La question du temps est le fil conducteur du projet. Pour Michaël il s’agit d’en consacrer, sans limite, à son entreprise, mais pour la clientèle, c’est d’en perdre le moins possible.

Le slogan est simple et efficace « La coiffure Afro en un clic ».

Un clic seulement, c’est justement le temps dont dispose une femme qui court entre travail et vie de famille, ou d’une jeune fille qui souhaite se faire une beauté, avant une soirée ou un entretien. En simplifiant l’action de la prise de rendez-vous, Michaël répond à une problématique que nous avons toutes vécue « la perte de temps pour entrer en contact avec une (bonne) coiffeuse ». Sans compter que la majorité des salons spécialisés dans le cheveu afro, se trouvent à Paris. Une réelle difficulté si l’on est excentré de la capitale.

Plus de temps à perdre, il est temps que je rencontre l’une de ses partenaires.


10h45 : pour découvrir la femme «Be Nappy»


La coiffeuse qui nous accueille chez elle, en pleine prestation, est douce, accueillante et tresse plus vite que l’éclair. Épanouie par cette collaboration qui allie indépendance et professionnalisme, elle m’évoque la diversité de ses clientes.

Car «Be Nappy» ne s’adresse pas qu’aux femmes noires ou métissées, les enfants, les hommes ainsi que les femmes de toutes origines, sont également clients. En effet, aujourd’hui les tresses – démocratisées notamment par le clan Kardashian qui en a fait une mode mondiale – sont portées sur tous les types de chevelures. Bien que conscient du phénomène d’appropriation culturelle, cette clientèle biberonnée à la culture pop, qui réinterprète les codes, est également l’une des cibles de «Be Nappy». Un décloisonnement qui permet aussi de révéler le talent des coiffeuses qui n’ont aucun mal à s’adapter à toutes les demandes.


11h00 :


Bien que ce soit un homme, derrière les reines de cette belle initiative, le service répond parfaitement aux attentes des clientes, car Michaël a créé son offre sur les attentes de ses « grandes-sœurs ». Des figures féminines que l’on retrouve dans son importante communauté, sur les réseaux sociaux (principalement Facebook). Des milliers d’abonnés situées à Lille, en île de France, à Bordeaux et à Marseille, que Michaël souhaite toutes convertir en clientes fidèles. Car, bien plus que de proposer un produit, une prestation de coiffure, c’est un réel service à la personne et des valeurs communes, que souhaite véhiculer Michaël, à travers son projet. Une démarche qui a su instaurer un véritable climat de confiance auprès de ses clientes et des coiffeuses.

Si les termes : box braids, nattes, vanilles, twists-out, nappys ne vous parlent pas, attention en vous rendant sur le site, vous risquez d’être accro. Et si vous êtes familiers avec tous ces noms, «Be Nappy» est définitivement votre temple.

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14h00 : Les flashs crépitent pour faire


Après une matinée passée à me présenter son projet et à échanger sur les valeurs que la startup représente, nous voilà partis, direction le shooting photos des 12 finalistes du concours Miss Mali, qui a lieu dans la boutique de la marque Maison Château Rouge.

C’est pour sa démarche culturelle que «Be Nappy» a été sélectionné par le comité de direction de l’élection Miss Mali 2017. « L’association Esprit d’ébène qui organise le concours, créé en 2003, nous a sélectionné, car ils sont sûrs de la qualité du service que nous allons leur apporter en plus de partager des valeurs communes » explique Michaël.

En effet, en plus de sublimer la beauté, le concours porte un intérêt tout particulier à l’engagement des candidates.

Oumou, à la direction de l’association et coach des candidates Miss Mali France, m’explique :

« Esprit d’ébène est une association qui aide les jeunes franco maliens à se sentir plus à l’aise avec leur culture – suite à des stigmatisations véhiculées par « Les maliens de France » ou « Fatou la malienne » par exemple. Aujourd’hui, dans chaque étape de leur vie, l’association épaule les jeunes. L’événement Miss Mali, dont on fait la promotion toute l’année sur Facebook et grâce à notre réseau de proximité, est l’une de ces initiatives.

Chaque année, on reçoit une centaine de candidatures de toute la France et de Belgique. Les candidates pré-sélectionnées sont convoquées à un casting qui juge la beauté, mais aussi la culture des filles. La candidate doit connaître la France aussi bien que le Mali, ainsi que répondre à un questionnaire de culture générale et défendre un projet associatif. C’est devenu l’un des plus grands événements pour la culture franco africaine. »

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Aissata Traoré, 19 ans, originaire de Clichy la Garenne dans le Haute-Seine (92), élue Miss Mali 2017, dimanche 4 décembre, ainsi que les dauphines et lauréates du concours – toutes coiffées par BeNappy – sont devenues les mannequins vedettes des prestations proposées sur le site. Une jolie vitrine qui a un sens bien plus qu’esthétique.


16h : En fait, ?


Le nom «Be Nappy» en dit long.

Plus qu’un joli jeu de mots, la plateforme met en lumière une véritable tendance. Décryptage.

Nappy vient de la contraction des mots anglais « natural » (naturel) et « happy » (heureux). Si ce mot a fait polémique lorsqu’il est revenu sur le devant de la scène au XXIeme siècle, c’est qu’il a été employé à l’origine, de façon raciste par les blancs, pour désigner les cheveux des esclaves – les « nappy heads ». Pourtant, dans les années 50, l’afro avait déjà repris ces lettres de noblesse en devenant un réel symbole de lutte pour revendiquer les droits civiques des noirs. Alors que dans les années 70, de grandes chanteuses afro-américaines le portaient avec style. C’est à partir des années 90, que la nature du cheveu afro est devenue une véritable tendance. Si ce changement a été le moteur de l’appropriation culturelle ces dernières années, il a aussi permis de mettre en lumière des routines capillaires permettant de sublimer les cheveux naturels.

Bien plus qu’un style, « nappy » est un mouvement culturel qui exclut les produits chimiques, comme les défrisages, mais valorise les tresses et les rajouts qui sont de réels atouts pour varier les coiffures, reposer et soigner la chevelure crépue.

« Il y a un constat sans appel que nous pouvons faire, les femmes Africaines et Afro-descendantes ont longtemps subi la tyrannie du défrisage, dont les effets potentiellement nocifs pour la santé, ont été mis en lumière ces dernières années (fragilisation du cuir chevelu, perturbations hormonales, …). Quant à celles qui optent pour le naturel, il n’y a pas de raison pour qu’elles ne puissent pas bénéficier de soins adaptés à leur nature de cheveu. » revendique Michaël

Aujourd’hui, le terme « nappy » a peu de connotation péjorative et désigne la revendication de ses origines, la fierté d’arborer ses cheveux au naturel et de prendre soin d’eux. Sans compter que la coiffure est portée au rang d’oeuvre d’art. « Nous avons la chance de vivre au XXIème siècle, à l’ère du numérique et du monde sans frontière. Je pense, comme diraient nos aînés, que « le disque est rayé ». Nous sommes jeunes et voulons ressembler à nous-mêmes, le mouvement Nappy n’est plus une idée, un rêve, une utopie, c’est un fait, et nous nous en félicitons ! » s’enthousiasme Michaël.

Si vous avez encore des questions sur cette culture, vous trouverez sur la page d’accueil du site un espace « What’s Napp’ening » – Le Blog «Be Nappy» où de nombreux articles traitent du sujet.


J – 15 avant noël


Je finis de partager avec vous cette belle rencontre inspirante, et je note dans mon smartphone une alerte pour penser à prendre rendez-vous.

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Car, pour être au top pour les fêtes, même avec des cheveux crépus ou métissés : !!

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