L’art de prendre le discours de Donald Trump au pied de la lettre

A quoi sert l’art ? C’est la fameuse question – stéréotypée – qui accompagne souvent la définition d’un sujet de philo au bac. Ceci dit, il nous faudrait bien plus que 4 heures d’examen pour y répondre, tant les vertus de l’art sont innombrables.

Je passerais aujourd’hui sur le fait, que l’art nous permet souvent de nous confronter à un monde plus beau, esthétique. Où la maîtrise du bon coup de crayon ou de la couleur uniformément repartie sont les règles d’or, comme lorsque nous faisions des coloriages petits (ou grands).

La plus grande faculté de l’art est de pointer du doigt les inégalités ou d’amplifier les dérives de nos sociétés pour mieux les dénoncer !

© Hyperallergic

C’est exactement le procédé de création de deux artistes américains, Mary Mihelic et David Gleeson, qui ont décidé de matérialiser les promesses de Donald Trump – pour mieux révéler toutes leurs absurdités.

 

A la lecture de l’article de Clique « Des artistes construisent le mur voulu par Donald Trump à la frontière mexicaine » , on comprend que le détournement est la meilleure des réponses pour dépeindre le discours d’un candidat qui a tout d’une caricature !

Lire cet article quelques semaines plus tôt m’aurait sûrement fait sourire. Car la performance n’aurait été qu’une démonstration de l’incohérence du (non) programme de Donald Trump, qui faisait alors la couverture des magazines peoples mais ne semblait en aucun cas pouvoir être élu.

Depuis, les bulletins ont été mis dans les urnes et le parti républicain a investi officiellement le candidat à la présidence américaine (oups).

D’un coup, cette œuvre prend une toute autre dimension. Il ne s’agit plus d’interpréter quelques lignes d’un discours mais de rendre compte d’un potentiel avenir, bien réel.

© Hyperallergic

Ce mur, bien que miniature, démontre point par point tous les problèmes qui découlent d’une matérialisation des frontières.

52 parpaings pour représenter 1 600 kilomètres de mur entre la frontière mexicaine et les Etats-Unis, comme annoncé par le candidat milliardaire, ça vous semble peu ? Pensez maintenant au poids d’un parpaing. Ce poids, serait porté par les mexicains.

Puisque pour lutter contre les migrations illégales, Donald Strump annonce que la facture du mur, 14.600 dollars, reviendra au gouvernement mexicain (démenti depuis par le président Enrique Peña Nieto).

© Hyperallergic

Sur ces parpaings sont collés des affiches de campagne du candidat républicain. Une façon de pointer du doigt le diktat et l’effet de propagande. Pour Donald Trump qui semble vouloir tout posséder – à la hauteur de ses milliards – l’affiche fait office de signature. Le fait que le candidat ne débourse pas un centime, pour un mur qui porterait presque son nom, démontre la réappropriation dont il fait preuve – tout comme dans ses discours…

Si les artistes s’étaient arrêtés à cette étape l’œuvre aurait déjà été éloquente. Mais l’art délivrant un message, chaque conséquence de sa déclaration est réinterprétée.

«L’art doit être présent plus dans ces moments perturbateurs et litigieuses», déclare David Gleesone

 

© Hyperallergic

Sur les affiches les artistes ont intégré des fleurs, des fruits et des légumes en décomposition. Plus qu’une métaphore, ces éléments démontrent l’importance des échanges entre les pays frontaliers pour maintenir l’agriculture.

Ainsi la présence de ce mur aurait tant des conséquences humaines qu’économiques. Une notion qui n’apparait pas dans le discours du républicain.

© Sandy Huffaker

D’autre part, la situation de l’œuvre – placée au niveau de Jacumba Hot Springs en Californie – n’est pas anodine. Le muret se trouve à 20 km du mur imaginé par Donald Trump qui se matérialise aujourd’hui par un grillage qui sépare le Mexique et les États-Unis.

Le propriétaire du terrain qui a accepté d’héberger l’œuvre ouvrira son bien aux autres artistes qui souhaiterons agrandir le mur, jusqu’au mois de novembre prochain – date de l’élection présidentielle aux Etats-Unis.

Au milieu du désert ce pan de mur semble bien seul et isolé au premier abord. Tout comme les propos du candidat républicain, à la fois absurdes, xénophobes et sexistes que l’on n’imaginait pas pouvoir autant fédérer…

On espère donc qu’à contrario l’œuvre murale puisse avoir, au minimum, le même impact !

« L’art est une menace (…), c’est la raison pour laquelle les gens comme Donald Trump souhaitent réduire la liberté d’expression. Parce que l’art a le pouvoir de contrer leur agenda », rappelle Mary Mihelic, l’une des deux artistes.

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