Pourquoi la campagne « je ne supporte pas les bleus » m’a fait passer par toutes les émotions ?

Parce que cet article est très long et que vous avez peut-être moins de deux minutes pour le lire je vous donne la conclusion : La campagne est une très belle opération de l’association « elle ‘s imagine’nt » menée par l’agence Buzzman qui dénonce un phénomène que nous ne pouvons plus négliger : la violence conjugale !

« Coup de génie », « coup de maître », « création de l’année pour l’agence Buzzman » la presse n’a pas tari d’éloges pour définir la campagne « Je ne supporte pas les bleus » qui a chamboulée les internautes ce mardi 31 mai.

 

La date est importante. Suite au match France Cameroun et l’amplification du slogan pour l’Euro « Fiers d’être bleus » la campagne ne pouvait que faire mouche.

fiers d'etre bleus

Tout commence le matin à onze heures sur Twitter.

Raymond Domenech poste le tweet «  #Jenesupportepaslesbleus » :

Sans un mot supplémentaire, ni image, la phrase suivie de la réaction de Bertrand Chamoroy « @RaymondDomenech Comme je te comprends ! Tu as bien raison ! » fait immédiatement polémique et boule de neige.

Il faut rappeler que Raymond Domenech était l’entraineur de l’équipe de France lors de la fameuse grève des joueurs français lors de la Coupe du monde de football 2010. Du coup beaucoup se sont dit que s’il le pense il a sûrement ses raisons mais c’est une sacrée provocation de le dire ! Nous devons être solidaires, patriotiques, fiers, bleu-blanc-rouge, à 10 jours de la compétition UEFA EURO 2016 ! Et puis il y a la politique : le climat est tendu ce n’est pas le moment de mettre de l’huile sur le feu !

Personnellement je n’ai pas vu ce premier tweet – magnifique plan de com’ – mais à la lecture des premiers tweets reprenant le hastag #jenesupportepaslesbleus l’humeur semblait plutôt à la colère.

A 17h l’agence de communication Buzzman,  en charge de l’opération, diffuse la vidéo qui lève le voile sur les déclarations :

Très vite d’autres personnalités lui emboîtent le pas en postant leur photo accompagnée du slogan pour combattre la violence conjugale. La twittosphère s’emballe le hashtag passe en TT (top tendance) et la confusion suit. Certain twittos qui ont suivi la campagne félicite l’initiative et s’autoproclame #jenesupportepaslesbleus, d’autres qui ont juste vu cette mention en TT s’offusque et dénoncent les personnes utilisant le hashtag.

reputatiolab_jenesupportepaslesbleus-1

Evidemment lorsque la majorité comprend la campagne on calme le jeu. A ce moment une autre image qui illustre le propos est fortement relayée :

Le message est clair, percutant, l’image forte. Je trouve alors que l’opération est rondement menée : commencer par une personnalité, s’appuyer sur l’actualité l’UEFA EURO 2016, ouvrir le débat puis montrer la violence ! Je suis admirative –  je suis chamboulée – et je me dis que ça nous démontre également que nous faisons bien trop souvent des amalgames. Associer directement cette campagne au football, alors qu’il ne s’agit que d’un jeu de mot, est aussi facile que de se dire que « son mari a l’air bien trop gentil pour lever la main sur elle ».

Du coup je souhaite en savoir plus. J’arrive sur le site.

site - je ne supporte pas les bleus

Ici plus d’image de femme violentée, mais des personnalités vêtues d’un teeshirt bleu, référence directe et sans détour du maillot de l’équipe de France. L’image illustre le message.

La mécanique est amplifiée je peux faire un don et afficher mon engagement grâce a un filtre Facebook.

site facebook - je ne supporte pas les bleus

C’est là que mon malaise s’installe. Parce que je crois en la force de l’image bien plus que celle des mots. Je constate qu’à première vue cette image renvoie directement à l’équipe de France : une jolie photo qui expose sa passion pour le foot sans aucun indice si ce n’est le regard froid et les bras croisés – Mais n’est-ce pas une position de conquérant prêt à entrer sur le terrain ?

fb-picsLe slogan apparait bien sur le l’image, en bas à gauche, dans un petit coin. Mais le message n’est pas aussi visible que l’image. A la différence de la première action impactante de Raymone Domenech qui n’avait posté que le slogan, sans image, sur ce filtre la composition est inversée.

Sur le coup je suis un peu perdue. Car si je trouve très percutant de détourner les codes pour amplifier les messages, ce qui est fait par le biais du slogan, reprendre les codes de l’Equipe de France de foot dans l’image me perturbe un peu plus. Bien que la cause soi très forte et extrêmement importante, voilà que je me questionne sur l’opération. N’est-ce pas qu’un gadget qui met plus en avant les personnalités et le football que la noble cause qu’elle défend ? – je dois avouer que j’ai un peu honte d’y penser.

 

Quelque chose me perturbe mais quoi ?

J’y réfléchis et je me rends compte qu’il s’agit peut-être d’une déformation professionnelle et un mauvais tour de mon esprit parfois bien trop rationnel. En effet il est très rare d’avoir des slogans sous la forme négative « Je ne… pas » ou alors il y a derrière un « mais » pour valoriser le produit.

C’est ce fameux « Mais » imaginaire qui me déstabilise tant. Mon esprit semble vouloir lire «  Je ne supporte pas les bleus mais je suis Fiers d’être Bleu » – puisque l’on m’a martelé ce slogan il y a moins de 24h lors du match France-Cameroun. L’opération s’apparente alors à une réappropriation qui fait perdre instantanément de la force au message.

Pourtant en y regardant de plus près je me rends compte que c’est en réalité  la force de cette campagne – mea culpa ! Le coup de génie de l’opération marketing est justement de reprendre tous les codes du football et particulièrement de l’EURO,  l’une des compétitions les plus suivies en France, pour s’adresser directement auX hommes ! Et ça c’est une très bonne initiative. Car jusqu’à présent la majorité des campagnes sensibilisaient les femmes comme pour leur dire «  ne vous laissez plus faire » « parlez » « ce n’est pas normal ». Les visages tuméfiés, les bras cassés de femmes, leur parlaient directement. Aujourd’hui les maillots de foot interpellent aussi les hommes et les poussent à se questionner sur leur éventuelle position de bourreau.

Cette vocation d’augmenter le bassin d’audience de la sensibilisation à la violence conjugale ne peut qu’être applaudit.

Lorsque l’on lit les chiffres effrayants de « elle ‘s imagine’nt » on comprend que TOUT le monde est concerné !

 

Un constat qui mérite de faire toutes les campagnes possibles, quelques soient leur forme, si le message reste de ne jamais accepter l’inacceptable !

Pour conclure :

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2 thoughts on “Pourquoi la campagne « je ne supporte pas les bleus » m’a fait passer par toutes les émotions ?

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